Bangkok, 5h47 du matin. Je suis assis sur le trottoir devant mon hostel, la caméra posée sur mon sac à dos. J’attends que le soleil se lève pour filmer l’intro de ma vidéo du jour. Un chien errant vient renifler mon objectif. Je le repousse gentiment. Il insiste. Cette situation me rappelle un peu la chasse aux codes promo : parfois, ce qu’on cherche nous trouve de manière inattendue. Finalement, ce chien apparaîtra dans les 30 premières secondes de ma vidéo la plus vue (247 000 vues, merci le chien).
Voilà à quoi ressemble la vraie vie d’un vlogueur voyage. Pas très glamour, hein ?
Le matos : entre obsession et compromis
Franchement, au début j’étais parti avec un truc de ouf. Deux caméras, un drone, trois objectifs, un stabilisateur, deux micros… Mon sac pesait 18 kilos rien qu’en matos. Au bout de deux semaines, j’ai tout revendu sauf l’essentiel.
Aujourd’hui, voici ce que je trimballe :
| Matériel | Modèle | Poids | Prix |
|---|---|---|---|
| Caméra principale | Sony ZV-1 | 294g | 750€ |
| Caméra secondaire | GoPro Hero 11 | 153g | 400€ |
| Micro | Rode VideoMicro | 42g | 59€ |
| Trépied | Manfrotto PIXI | 190g | 25€ |
Total : moins d’un kilo. Et croyez-moi, ça change tout quand tu marches 15 km par jour sous 35 degrés.
Tu filmes tout ou tu vis ta vie ?
La vraie question.
Les trois premiers mois, j’étais en mode robot. Je filmais absolument tout. Mon petit-déj, mes trajets en bus, mes visites, mes repas… Résultat : des heures et des heures de rush inutilisables. Et surtout, j’avais l’impression de vivre mes voyages à travers un écran.
Maintenant j’ai ma règle : maximum 2h de tournage par jour. Le reste du temps, la caméra reste dans le sac. Point.
Les moments que je ne filme plus
- Les repas (sauf si c’est vraiment spécial)
- Les trajets en transport
- Les musées et temples (souvent interdit de toute façon)
- Les soirées avec d’autres voyageurs
Perso, ça m’a sauvé. Je profite vraiment plus de mes voyages depuis que j’ai arrêté de tout documenter.

Le montage : le vrai taff commence
Si tu penses que filmer c’est le plus dur, attends de découvrir le montage. Pour une vidéo de 10 minutes, compte minimum 4 heures de boulot. Et encore, je suis devenu rapide.
Mon workflow typique :
– Tri des rushes : 1h
– Montage rough : 2h
– Étalonnage couleur : 30 min
– Audio et musique : 30 min
– Miniature et upload : 30 min
Le pire ? Trouver une connexion wifi correcte pour uploader. En Thaïlande et au Vietnam, ça passe. Au Laos et au Cambodge, j’ai parfois mis 8 heures pour envoyer une vidéo de 2GB.
Les apps qui sauvent la vie
- DaVinci Resolve sur iPad (gratuit et super puissant)
- Canva pour les miniatures
- VN Editor pour les montages rapides sur téléphone
- Epidemic Sound pour la musique (11€/mois mais indispensable)
L’algorithme YouTube : mon meilleur ennemi
Alors là, accrochez-vous. YouTube, c’est vraiment n’importe quoi parfois. J’ai des vidéos où j’ai passé 8 heures au montage qui font 2000 vues. Et d’autres tournées en 10 minutes qui explosent à 200K+.
Ce qui marche (d’après mon expérience) :
– Les titres avec des chiffres (« J’ai survécu 48h avec 10€ à Bangkok »)
– Les miniatures colorées avec ma tête qui fait une expression bizarre
– Les vidéos de 8-12 minutes
– Publier entre 18h et 20h heure française
Ce qui marche pas :
– Les vlogs « jour 47 de mon voyage »
– Les vidéos trop longues (20min+)
– Les titres en anglais quand ton audience est francophone
Clairement, faut jouer le jeu si tu veux que tes vidéos soient vues. C’est un peu comme essayer de gagner dans l’univers de Casino Night, faut connaître les règles et avoir un peu de chance.
Combien ça rapporte vraiment ?
La question qui fâche.
Après 6 mois et 127 vidéos publiées :
– 42 000 abonnés
– 3,7 millions de vues au total
– Revenus YouTube : environ 3200€
– Partenariats : 1800€
– Vente de presets : 400€
Total : 5400€ en 6 mois. Pas de quoi vivre, mais ça paie une bonne partie du voyage.
Les dépenses qu’on oublie
| Dépense | Coût mensuel |
|---|---|
| Stockage cloud | 12€ |
| Musique (Epidemic Sound) | 11€ |
| VPN | 8€ |
| Batteries et accessoires | ~20€ |
| Data mobile | 30€ |
Bref, faut pas croire que c’est l’eldorado. Les gros YouTubers voyage qui vivent de ça, ils ont mis des années avant d’y arriver.
Ce que j’ai vraiment appris
Le vlogging voyage, c’est pas juste filmer des beaux paysages. C’est apprendre à raconter une histoire, à capter l’attention, à créer une connexion avec des gens que tu ne rencontreras jamais.
C’est aussi accepter de louper des moments parce que tu étais trop occupé à filmer. Ou l’inverse, rater LA vidéo parfaite parce que tu profitais du moment.
Les YouTubers indiens que j’ai croisés m’ont appris un truc : ils filment moins mais mieux. Ils connaissent leur audience sur le bout des doigts. Moi j’essayais de plaire à tout le monde. Grosse erreur.
Aujourd’hui, je continue mais différemment. Une vidéo par semaine max. Je privilégie la qualité. Et surtout, je garde du temps pour vraiment voyager, sans caméra.
FAQ
Quelle caméra choisir pour débuter en vlog voyage ?
Honnêtement ? Commence avec ton smartphone. Si t’as un iPhone 12 ou plus récent, ou un bon Android, c’est largement suffisant pour tester. Investis dans une caméra seulement si tu kiffes vraiment et que tu publies régulièrement.
Faut-il parler anglais pour percer ?
Pas forcément. Ma chaîne est 100% francophone et ça marche. L’audience anglophone est plus large mais la concurrence est énorme. À toi de voir.
Comment gérer la sécurité du matériel ?
Règle numéro 1 : jamais tout au même endroit. Je garde toujours une caméra sur moi et l’autre dans mon sac. Pour les villes craignos, j’utilise une vieille GoPro. Et surtout, assurance voyage qui couvre le matos.
C’est quoi le plus dur dans le vlogging voyage ?
La régularité. Poster chaque semaine quand t’es en mode backpacker, c’est chaud. Entre les transports, la fatigue, les galères de wifi… Faut être super organisé ou accepter de rater des deadlines.